Jean Lavoix est notre aïeul le plus ancien que nous ayons tous pu identifier à ce jour pour la famille Lavoix, que ce soit par les documents familiaux ou par des recherches généalogiques.

On peut estimer que Jean est né entre 1660 (35 ans à son mariage en 1695) et 1670 (25 ans à son mariage) ou même jusqu’en 1673.(1)

De façon tout à fait inattendue, par rapport à la connaissance de notre histoire familiale, il semblerait que notre aïeul se soit en fait prénommé Jean Baptiste, mais se faisait probablement appeler Jean. En effet, sur les registres de la paroisse de Saint Albin où il habitait, il est toujours prénommé Jean.

Mais, dans un acte assez illisible de la paroisse de Saint-Jean de 1705, dans lequel il est parrain d’un enfant, il est nommé comme Jean Baptiste Lavoix. Les signatures concordent bien, donc il s’agit bien de la même personne.

Jean, Cavalier du Régiment de Chartres

Jean Lavoix est Cavalier du Régiment de Chartres au moins jusqu’en 1695. Les engagements durant 6 ans, sauf cas de guerre, et en supposant que Jean n’ait fait qu’un seul engagement, il a possiblement été cavalier entre 1689 et 1701. Comme il fallait avoir entre 16 ans et 50 ans pour être engagé, il doit être né au plus tard en 1673, ce qui correspond à peu près à l’estimation initiale.

Le Régiment de Chartres cavalerie est créé ou plus exactement renommé le 17 février 1684 (création le 8 juillet 1667 comme régiment de Beaupré cavalerie). Il tient son nom de son colonel propriétaire à partir du 18 février, Philippe, duc de Chartres, le futur Régent.

Les mestres de camp, chefs de brigade sont pour ces années N. de Caylus, marquis de Fontanges à partir de 1684 jusque juin 1690 quand Nicolas Antoine de Grouches, marquis de Chépy lui succède (Général Suzane, Histoire de la cavalerie française, Hetzel, 1874, p. 382).

Les campagnes du régiment au 17ème siècle sont: 1667-68: Guerre de Dévolution // 1672-78: Hollande // 1688-97: Ligue d’Augsbourg (Cavaliers et blindés d’hier et d’aujourd’hui, « 4e Régiment de Dragons- Conti« ). Il semble donc vraisemblable que Jean prit part aux campagnes de la guerre de la Ligue d’Augsbourg (aussi appelée guerre de Neuf Ans, guerre de la Succession palatine ou guerre de la Grande Alliance).

La flèche rouge indique le régiment Chartres Cavalerie.
Histoire militaire de Flandre, depuis l’année 1690 jusqu’en 1694 inclusivement… par le chevalier de Beaurain, Gallica.

Chartres fait « partie de l’armée de Flandres pendant la guerre de 1688 et s’est trouvé en 1690 à la bataille de Fleurus où fut tué le Mestre de camp-lieutenant de Fontanges …, en 1692 au siège de Namur et à la bataille de Steenkerque … à la victoire de Neerwinden [1693] et au siège de Charleroi [1693]. »

(Suzane, Histoire de la cavalerie française, p. 385)

A compléter

Jean, mari, père et ami

Jean et Marie Boudin

Eglise Saint Albin de Corbie en 1700 – via Jean-Pierre Gourdain, Histoire de Corbie

Jean se marie avec Marie Boudin, à l’Eglise Saint-Albin le 4 mai 1695. Ils sont mariés par le Père Nicolas De Lattre, curé de la paroisse jusqu’en 1737 (Gourdain, Ibid.). Marie sait signer alors que ni Jean ni ses témoins, François du Cherne(?) et André Outurquin, ne le peuvent.

Pour mieux comprendre la vie de Jean et de sa famille, regardez sur le site coeur généalliances le documentaire La vie des Français sous Louis XIV, L’Histoire au Quotidien, M6HD, 22 décembre 2016

Aucun membre de la famille Lavoix n’est donc témoin au mariage, ce qui laisserait supposer qu’ils sont soit décédés, soit éloignés géographiquement.

D’après la liste patronymique de la paroisse établie par Marie-France & Jean-Pierre Gourdain, André Outurquin, de la famille Outurquin est probablement également de Saint-Albin.

Le témoin de Marie est son oncle paternel, Claude Durègle.

Selon les recherches de Hugues Lavoix, Marie Boudin était veuve de Guillaume Morel, dont elle aurait eu deux fils, Louis et Jacques. Louis, fils de feu Guillaume et de Marie Boudin, se maria le 26 juillet 1689 à Marie Madeleine Dorle, à Sant Albin. Le témoin pour Louis est Claude Durègle, oncle maternel. Donc c’est le même témoin que pour le mariage de Marie et de Jean, avec le même degré de parenté mais du côté maternel. De plus, aucun veuvage de Marie Boudin n’est jamais mentionné ni lors de son mariage avec Jean Lavoix ni lors de son décès. Donc, l’hypothèse la plus logique est que la Marie Boudin qui épouse Jean Lavoix est la cousine germaine de Louis Morel, et non sa mère.(2)

Jean et Marie, en 1695, habitent à Corbie. En 1698, Corbie compte 2065 habitants contre 1846 en 1726. La diminution du nombre d’habitants est probablement une conséquence de la famine de 1709, entre autre. Les habitants se répartissent entre Corbie intra-muros et les faubourgs (de Witasse, Géographie, pp. 515-516).

Corbie, ses clochers et ses fortifications
Dessin réalisé par Louis Eustache Eugène Chatigny (1717-1779) maître perruquier et barbier via Marie-France & Jean-Pierre Gourdain, Paroisses & Patronymes
Gaëtan de Witasse, Géographie historique du dept de la Somme, tome 1, p. 516.

Ils sont tous deux de la paroisse Saint-Albin, qui compte en 1724, 94 familles et 240 habitants.(1)

Les époux vivent, en 1701, rue de la Porte de l’Image, du côté du marché (registre paroissial, décès 1701). La Porte de l’Image est une des trois portes de la ville, située à l’entrée de Fouilloy, perçant l’enceinte fortifiée (Gourdain, Ibid.). Cette rue est actuellement la rue Faidherbe.

Plan de Corbie en 1636, Gallica.

Marie décèdera six ans après son mariage et sera inhumée au cimetière de l’église de Saint-Albin, le 23 mai 1701.

Jean a appris à écrire entre 1695 et 1701 puisqu’il signe alors l’acte de décès de son épouse.

Le couple n’aurait pas eu de descendance.

Jean et Marie Labbé

Jean se remarie rapidement avec Marie Labbé, mais nous n’avons, pour l’instant, pas trouvé trace du mariage lui-même.

Marie était probablement de la commune maintenant disparue de Ville-sous-Corbie (voir l’article consacré à Marie et à sa famille). Comme l’usage était que les mariages se tiennent dans la commune de la mariée, nous pouvons supposer que le mariage de Jean et de Marie eut lieu à Ville-sous-Corbie.

Ce mariage doit survenir à la fin de 1701 puisqu’un premier né, Jean-Baptiste nait le 26 septembre 1702. Son parrain est le « vénérable et ? personne » Philippe Vrayet, Curé de la Paroisse de Saint Eloi (et ce jusqu’en 1722, Gourdain, ibid.). Sa Marraine est Damoiselle Marie Magdelaine Tholomé (lien généanet), fille d’un bourgeois d’Amiens et d’une Corbéenne. Marie Magdelaine Tholomé est l’épouse de Jean Bernard, marchand cabaretier, échevin, bourgeois de Corbie.(2) Ces compères semblent placer la famille de Jean Lavoix soit avec les notables bourgeois de Corbie, soit sous leur patronage.

Cela pourrait-il laisser supposer que Jean est déjà brasseur en 1702 et que c’est aussi ainsi qu’il connait les Bernard?

Marie-Magdeleine nait ensuite le 24 juillet 1705 et est baptisée toujours en l’église de Saint-Albin par le Père De Lattre. Son parrain est le Sieur Louis François Gohier d’Armenon et sa marraine demoiselle Françoise Bernard. Cette demoiselle Françoise Bernard est probablement la fille de Jean Bernard et Marie Magdeleine Tholomé. Elle se mariera l’année suivante avec Philippe Le Caron, échevin de Corbie en 1733 dont elle aura 11 enfants avant de décéder à 31 ans.

Après recherche sur Généanet, nous trouvons un Louis François Gohier d’Armenon, né en 1683 et décédé le 8 October 1751 à l’église St Eloi, Le Perray-en-Yvelines. Ce Louis François deviendra Directeur des Fermes du roi. Il aurait eu 22 ans en 1705. S’il est bien le parrain de Marie Magdeleine, que faisait-il à Corbie? Comment est-il devenu assez proche de la famille pour être le parrain de Marie-Magdeleine? Son père, Jacques, né en 1650, était « Commissaire priseur au Châtelet et des Fermes du Roi », et était peut-être un ami de Jean?

Finalement Jean et Marie ont leur dernier né, Antoine, le 21 décembre 1707. Le parrain est Jean-Jacques Morel et la marraine Marie Jeanne de Bry(?). Cette fois, aucun des deux ne sait écrire. On retrouve le lien à la famille de la première épouse de Jean, Marie Boudin.

Jean Lavoix était également le parrain, au minimum, de Laurent Morel, fils de Jacques Morel et de Anne Cuvillier, né le 10 Aout 1701 et décédé en décembre, et de l’enfant baptisé en 1705 à Saint Jean évoqué plus haut.

La famille réside en 1711 au coin du pont à poissons, rue de la porte à l’image. On peut imaginer qu’elle est restée au même endroit pendant toute la période.

Plan de Corbie 1636
Plan de Corbie / levé en 1636 par le S. de Beaulieu, ingénieur du roy – Gallica

Le pont à poissons (démoli en 1824) était probablement un des cinq ponts enjambant le canal de la Barette (genealogiejumel, [ Corbie ] Canal de la Barette): « Un pont en gré, nommé le pont de la Hareng(u)erie ou encore pont Perrin ou pétrin (on le trouve nommé dans un titre de 1188) ou pont de la poissonnerie…. il reliait la grand’place à la rue de la porte à l’image ou de saint Albin (de nos jours rue Faidherbe). » Les poissonniers y vendaient leur pêche et « ce pont était la séparation entre les paroisses de Saint Albin et Saint Jean l’Evangéliste » (Ibid.).(3)

Jean, Brasseur et Marguillier

Jean devient brasseur et exerce également la charge de marguillier pour l’église de Saint Albin (acte de décès) .

Jean, Brasseur

On ne sait à quelle date Jean devient Brasseur. Il faut cependant se souvenir que n’était pas alors brasseur qui voulait (Petite histoire des bières, Brasseur…, voir bibliographie pour cette partie).

Les brasseurs ou initialement cervoisiers sont regroupés au sein d’une corporation dont le statut date « de 1258 ou 1268 ». réglementée et organisée en guilde. Le statut des « Brasseurs de Paris » en 1489 met à jour le précédent. Il est revu en 1514.

En 1625 un corps de contrôleurs des brasseurs au service du roi est créé. Puis en 1630, le roi (Louis XIII) règlemente l’utilisation du houblon.

En 1693, « Louis XIV disperse le monopole royal des brasseries au profit des officiers. Les offices sont souvent des charges qui deviennent héréditaires » (« Petite histoire… », ibid.).

Donc, nous pouvons en déduire que, probablement Jean a acheté un office? Ce pourrait être à cette occasion qu’il rencontra la famille Gohier d’Armenon mentionnée plus haut?

A-t-il dû également passer par les anciennes étapes de l’apprentissage? Au 15ème siècle, celui-ci était de trois ans, puis on devenait maître suite à la réalisation d’un chef d’oeuvre.

Ce sont certainement des pistes qu’il va falloir explorer pour, peut-être, en savoir plus sur Jean.

Jean, Marguillier de Saint-Albin

Jean à son décès est également marguillier en exercice de l’église de Saint Albin.

Etre marguillier est une charge attachée à une paroisse. Le marguillier est un laïc qui a pour première fonction d’inscrire les pauvres de la paroisse inscrire sur le registre d’aumône. Il est le plus souvent aussi « membre du conseil de fabrique et chargé de la construction et de l’entretien de l’église, de l’administration des biens de la paroisse (terres, locations de terres, écoles, rentes et impôts), de veiller à l’entretien des locaux, de tenir le registre de la paroisse et de préparer les affaires qui doivent être portées au conseil » (Wikipédia).

Des années terribles

L’hiver de 1708-1709 fut si terrible qu’il est resté dans les mémoires comme « le grand hiver ».

Le grand hyver de l’année M.DCC.IX : Collection Michel Hennin. Estampes relatives à l’Histoire de France. Tome 82, Pièces 7194-7275, période : 1708-1709 – Gallica.

La vague de froid qui démarre le 6 janvier 1709 s’étend sur onze jours avec des valeurs minimales entre -15°C et -18°C à l’exception du 17 janvier où elle n’est que de -7,5°C. Le dégel s’amorce le 24, avant une nouvelle vague de froid, du 4 au 10 février avec des températures minimales de l’ordre de -5°C. Les températures remontent ensuite de manière spectaculaire pour atteindre 12°C avant de rechuter entre le 21 février et le 3 mars avec un minimum de 13,5°C le 24 février. … Le Duc de Saint-Simon qui, d’ordinaire s’attache plutôt à dépeindre la vie à Versailles, souligne, à plusieurs reprises, le caractère exceptionnel de l’hiver 1709 avec, par exemple, mention des rivières solides jusqu’à leur embouchure et [des] bords de mer capables de porter des charrettes. Pour donner une idée de l’intensité du froid, il précise que l’eau de la reine de Hongrie, les élixirs les plus forts et les liqueurs les plus spiritueuses cassèrent leurs bouteilles. »

Météo France, « Histoire : le grand hiver 1709, Interview de l’historien Emmanuel Le Roy Ladurie« , 17 décembre 2018.

Le froid, conduit à une catastrophe agricole et à la grande famine de 1709, avec parfois des prix de certaines denrées multipliés par cinq. On estime à 600.000 le nombre de morts, du fait du froid, de la faim puis des épidémies (dysenterie, typhoïde, typhus, scorbut …) favorisées par la malnutrition, soit 3% de la population française (Ibid.) La précédente famine de 1693-1694 avait elle fait 1,3 millions de morts (Ibid.).

Madame de Maintenon note à propos de 1709 : « La France, épuisée par la guerre, fut désolée par la famine. On se souviendra longtemps de cet hiver qui fit périr les hommes, les bestiaux, les arbres. » … « les gens d’affaires nourrirent Paris après l’avoir affamé ; le peuple se mutina dans plusieurs villes. Les campagnes furent dévastées. »

Madame de Maintenon, Mémoires, Gallica.

Les épidémies et conditions difficiles perdureront jusqu’en 1715, avec, de surcroit une épidémie de variole en 1712.

Probablement touché et affaiblit par cette catastrophe, s’étant peut-être privé pour ses enfants, étant au contact des pauvres de par sa charge de marguillier et donc ayant plus de chance de contracter une maladie, Jean décède le 5 février 1711. Il est inhumé à Saint Albin.

Notes et Bibliographie

Notes

(1) Il n’y a aucune mention d’âge ni de date de naissance sur l’acte de mariage de Jean et de Marie Boudin.

(2) Impossible de trouver trace du mariage de « Jacques Morel, fils de ( ?) et de Marie Boudin avec Françoise Debry; témoin Claude Boudin, oncle du mari, en date du 16 février 1693 » à Saint Albin mentionné par Hugues. Mais il y a plusieurs registres pour les mêmes années, donc le copiste a peut-être oublié le mariage.

(3) Jean Bernard décède comme Jean Lavoix en 1711 (notre ancêtre en février et Jean Bernard le 20 juillet).

(4) Dès 1732, le canal est considéré comme insalubre, n’est cependant pas rénové et tomba progressivement en désuétude (Ibid.).

Reste à examiner

Preuves de l’histoire de Corbie (XIIe-XVIIe siècle). I Publication date : 1701-1800

Bibliographie

Gaëtan de Witasse, Géographie historique du dept de la Somme: état religieux, administratif et féodal des communes et de leurs dépendances, Tome 1 – Abbeville 1902-1919 – accès Gallica

Marie-France & Jean-Pierre Gourdain, site web personnel historique et généalogique.

Beaurain, Jean de, Histoire militaire de Flandre, depuis l’année 1690 jusqu’en 1694 inclusivement… par le chevalier de Beaurain, Tome 1, 1755.

Site web: La France Pittoresque, « Brasseur : un métier réglementé
dès le XIIIe siècle
, Le Magasin pittoresque, 1880.

Michel Antony, « Petite histoire des bières », doc.

Marion Humbert, Bière ou « vin de grain » ? La communauté des brasseurs parisiens au XVIIIe siècle. thèse. Ecole des Chartes – Présentation

François Lebrun, « Les crises démographiques en France aux XVIIe et XVIIIe siècles« , Annales  Année 1980, Persées.

Site web: Généalogie et Histoire Locale – Histoire Locale dans la Somme, Picardie, Bretagne et Limousin

Publié par Helene Lavoix

Dr Helene Lavoix, PhD Lond (Relations internationales) est fondatrice et directeur de The Red (Team) Analysis Society. Elle est spécialisée en prospective stratégique et alerte précoce en matière de sécurité nationale et internationale. Elle se concentre actuellement sur l'intelligence artificielle, la science quantique et la sécurité. Elle enseigne au niveau Master à SciencesPo-PSIA.

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